Entretien avec une professionnelle
de la Validation des Acquis de l'Expérience
VAE : un sigle actuel mais parfois encore un peu obscure...
Laetitia PETIZON, 37 ans, consultante en reclassement professionnel et valorisation des acquis d'expérience a accepté de répondre à nos questions concernant la VAE.
Titulaire d'un Master 1 en Conseil et en Formation à Paris V René Descartes, Laetitia PETIZON accompagne les individus et les entreprises
dans le cadre de reclassement professionnel, de GPEC et toute démarche de développement professionnel, de reconnaissance et de valorisation des acquis de l'expérience.
1) En quoi consiste la VAE ?
La VAE consiste à faire reconnaître son expérience professionnelle
-salariée, non salariée ou bénévole- en vue d'obtenir tout ou partie d'un diplôme, titre ou certificat. Elle entre dans le cadre de la loi dite de Modernisation sociale de 2002 et
s'inscrit aussi dans la formation tout au long de la vie.
Cette démarche vise à faire la preuve de son professionnalisme
dans son domaine d'activité, à partir d'un retour sur son propre parcours. Il ne s'agit pas ici d'être formé pour devenir pro comme en formation classique, mais d'affirmer que l'on est pro
et d'en faire la preuve !
La démarche est complexe, car elle nécessite de prendre du recul vis à vis de soi-même, de son expérience et d'être
critique de ses deux aspects, à la manière d'un pro au regard d'un référentiel précis.
Si la démarche est exigeante, elle est valorisante, voire réparatrice pour l'individu car elle permet de se rendre
compte de la richesse de l'expérience en termes de savoir, de savoir-faire et de savoir-être et de d'obtenir une reconnaissance tangible de pairs (diplômes, certificats, titre
professionnel).
2) Qui peut prétendre à une VAE ?
Tout individu ayant exercé une activité professionnelle durant 3 ans minimum peut y prétendre. Il faut néanmoins que le
diplôme, le titre ou le certificat professionnel visé soit enregistré au Répertoire National des Certifications professionnels (RNCP).
De plus, Le diplôme visé en VAE doit toujours être en rapport avec le domaine
professionnel.
Que l'on soit salarié ou demandeur d'emploi, la prise en charge de l'accompagnement
peut-être faite soit par l'OPCA ou le plan de formation de l'entreprise ou les ASSEDIC.
Il est préférable que la démarche soit initiée par le salarié, ou si elle l'est par l'employeur qu'elle soit bien
encadrée, car elle est complexe et demande un investissement important. Seule une motivation personnelle forte pourra permettre d'aller au bout d'une telle démarche.
3) Concrètement que peut apporter la VAE à une personne (dans quel but peut-il être intéressant pour elle d'obtenir tout ou partie d'un diplôme) ?
Entreprendre une démarche de VAE est différent d'entreprendre une formation, dans la mesure où l'individu qui
entreprend cette démarche s'estime être un professionnel dans son domaine et par conséquent n'a pas besoin de faire une formation pour le devenir. Il va devoir en faire la preuve et
ça ne va pas de soi !
La VAE reste une démarche longue, parce qu'expliciter son expérience prend du temps et parce que souvent encore,
l'organisation administrative de la démarche (traitement des livrets, dates des jury...) est fixée par les organismes valideurs et organisateurs !
En revanche, avec la VAE à la différence d'une formation "classique" aide - dans la mesure où l'accompagnement est
organisé sous forme de médiation - l'individu à prendre une posture de recul vis à vis de lui-même, de son expérience et aussi à conscientiser ses propres connaissances et surtout comment
il élabore ses connaissances et en fait des actes professionnels. L'individu qui entreprend une démarche de VAE conscientise et développe son autonomie et y gagne forcément en estime et
confiance en soi.
D'autre part, dès le début de la démarche l'individu sait s'il obtiendra partiellement ou totalement sa validation. Si
elle n'est que partielle, il y gagnera d'une part en réalisant une formation plus courte et correspondant à ses propres besoins, et d'autre part, il ne vivra pas la formation de la même manière
du fait qu'il aura pris conscience de sa capacité de penser et qu'il fera plus aisément (consciemment) des allers- retours entre la formation (connaissance) et son expérience
antérieure.
Enfin, c'est son regard en tant que professionnel qui va s'en trouver changé, tant vis-à-vis de lui-même que de son environnement.
4) Comment procéder pour une VAE ?
D'une manière générale il faut avoir exercé l'activité que l'on veut voir reconnaître un minimum de 3 ans et pouvoir en
faire la preuve administrative (bulletins salaires, certificats d'employeur...).
La VAE se réalise en 3 étapes : Renseigner le livret 1 - Renseigner le livret 2 - Soutenir devant le jury.
Le livret 1 sera rempli dans ce sens, il correspond à la partie administrative qui va permettre d'entreprendre la
seconde partie de la démarche. Si le livret 1 est validé par l'autorité compétente (Education nationale, Ministère, ... toute institution délivrant la certification), l'individu pourra commencer
la démarche de preuve qui correspond au livret 2.
Cette seconde partie, à savoir renseigner le livret 2 est la plus longue et la plus exigeante ! Il faudra
apporter la preuve, au regard du référentiel de certification (remis par l'organisme titulaire de la certification) que l'expérience vécue et mise en œuvre a permis l'acquisition des savoirs,
savoir-faire et savoir-être professionnels indispensables à l'obtention de la certification visée. Il s'agit ici, d'expliciter son expérience, c'est-à-dire l'art de nommer les
petites choses qui font la différence entre amateurisme et professionnalisme !
Une fois le livret 2 finalisé, il sera déposé à l'institution compétente et validé.
Dans ce dernier cas, la personne sera convoquée devant un jury composé en partie de professionnels, l'esprit étant un
dialogue entre professionnels qui permettra de valider tout ou partie de la certification visée.
Si la personne valide partiellement la certification visée elle bénéficie de 5 ans pour valider les parties manquantes
(qui lui seront indiquées).
Si la personne valide totalement, elle obtiendra la certification qui a même valeur que n'importe quelle
certification passée dans le cadre de la formation continue ou initiale.
Il est rare que la certification ne soit pas validée du tout, puisque c'est la qualité du renseignement du livret 2 qui
donne le ton et l'objectif de cette démarche n'est pas de mettre l'individu en échec !
Un accompagnement est souvent nécessaire, quelque soit le niveau de la certification visée. En effet, un interlocuteur
formé permettra d'expliciter au plus juste l'expérience à décrire et de viser ainsi la réussite. En aucun cas l'accompagnant ne doit faire pour l'individu, il doit juste permettre à celui-ci de
se poser les bonnes questions et l'amener à être aussi pro et précis que possible.
NB :
Les meilleures pistes pour démarrer des recherches lorsque l'on ne connaît rien à la VAE sont :
Les points relais conseil de votre ville, département ou région.
Les organismes certificateurs :
- Universités
- Chambres des métiers et de l'artisanat
- CNASEA
- Directions régionales de l'Agriculture et de la Forêt
- Directions régionales et départementales de la jeunesse et des sports
- le CNAM
- l'AFPA
Tous nos remerciements à Laetitia PETIZON